Depuis un an, j’essaye de me libérer, à mon rythme, de la corvée de l’épilation, et je t’ai déjà expliqué pourquoi je déteste m’épiler. Si j’arrive maintenant à garder des poils sur les jambes et les aisselles pendant un moment, y compris quand je dois les montrer, il y a un endroit cependant où j’ai du mal à accepter mes poils, et c’est au-dessus des lèvres. Ne pas s’épiler la lèvre, c’est mon big boss à moi, l’étape ultime dans l’arrêt de l’épilation. Il fallait donc bien que je t’en parle.

Ma copine la moustache

Je crois que je devais avoir dans les 22 ans quand ma moustache a commencé à bien me souler. J’avais toujours eu un petit duvet, qu’une copine apprentie esthéticienne avait épilé une fois pour s’entrainer, et que j’avais décoloré une autre fois, pour voir, parce que mes cousines le faisaient. Mon duvet était là, mais il ne m’avait jamais gênée. Ça m’avait amusée de l’enlever mais je n’avais pas ressenti le besoin de continuer. S’il y avait bien une chose qui ne me complexait pas, c’était ça !

La moustache qui pousse

Et puis j’ai commencé à le voir de plus en plus. Par parce que je fixais dessus, j’avais vraiment l’impression que ça se voyait de plus, qu’il y a avait plus de poils, qu’ils étaient plus foncés. Mais je ne savais pas si c’était vrai ou si c’était moi qui m’imaginais des choses. Quand mon cousin m’a dit « t’as de la moustache comme ma maitresse », j’ai cru mourir de honte et j’ai bien eu la confirmation que ce petit duvet se transformait en fichue moustache (merci la délicatesse des enfants).

Mes règles avaient toujours été douloureuses et irrégulières. Et depuis quatre mois, elles étaient carrément absentes. Alors je suis allée voir le gynécologue et si tu connais cette pathologie, tu as déjà deviné ce que j’ai : le Syndrome des Ovaires Polykystiques. Le SOPK c’est super chouette, ça fait grossir, pousser les poils et ça apporte des problèmes de fertilité (entre autres joyeusetés). Comme avec toutes les maladies que je me traine, j’ai de la chance, chez moi ce n’est pas trop fort, mais ça reste pesant quand même.

Le fight anti-moustache

Après mon diagnostique, j’ai pris la pilule et ma moustache s’est éclaircie. Je pense que malheureusement, mon complexe s’était installé parce que j’ai continué à la décolorer régulièrement.

Petite parenthèse : j’utilise le mot moustache parce que ça m’aide à dédramatiser mais il s’agit plus d’un duvet sombre, qui se voit si je le laisse pousser. Certaines femmes atteintes de SOPK peuvent développer une pilosité bien plus forte que moi. À ce sujet, Harnaam Kaur est très inspirante : après des années de souffrance, elle a décidé de garder sa barbe, tu peux lire son témoignage en anglais ici, ou la retrouver dans le documentaire Embrace, dispo sur Netflix.

Quand j’ai arrêté de prendre la pilule parce que j’étais à l’étranger et je ne savais pas trop comment renouveler mon ordonnance, les poils se sont de nouveau fait plus nombreux et plus foncés. J’ai commencé à alterner décoloration et épilation maison avec bandelettes de cire, parce que la décoloration ça ne suffisait plus, je voyais toujours trop les poils (en me blessant régulièrement parce que la peau est très fine à cet endroit. Mais pourquoi on s’impose des trucs pareil ?).

À mon retour en France, j’ai repris la pilule, puis j’ai testé un autre traitement. Cette époque était aussi les premières années avec mon traitement contre l’hypothyroidie (la joie quoi). Quand ce traitement s’est stabilisé, et que j’ai commencé à mettre en place des choses dans ma vie pour mieux vivre avec ma thyroïde, j’ai commencé par l’homéopathie puis j’ai arrêté tout traitement pour le SOPK, mon cycle étant revenu à un rythme régulier et le restant sans traitement (pourquoi, je ne sais pas, mais tant que ça fonctionne hein…).

Ma moustache, par contre, est toujours là. Et tous les mois, je vais chez l’esthéticienne pour qu’elle disparaisse. Je peux sortir avec des poils aux jambes, mais la lèvre, aïe aïe, c’est dur.

Ne pas s’épiler la lèvre, est-ce que c’est possible pour moi ?

Je te rassure, je ne me torture pas pendant des heures en me disant que, quand même, je devrais arrêter de me soumettre aux normes de beauté et que je ne peux pas parler d’arrêter l’épilation si je continue moi-même à aller chez l’esthéticienne tous les mois pour ma lèvre.

Déjà, je sais que déconstruire quelque chose que la société t’a imposée toute ta vie, c’est long et compliqué. Et l’idée qu’une femme, ça n’a pas de poils est sûrement une de ces idées les plus ancrées. Alors chaque chose en son temps. Si je peux déjà sortir les jambes poilues, c’est une grande victoire. Ce que je veux, ce n’est pas forcément ne plus m’épiler du tout, mais c’est me débarrasser du sentiment de corvée et d’obligation que me donne cette pratique. C’est pour ça que j’ai rangé mon épilateur au placard mais que je continue à donner un petit coup de rasoir de temps en temps. Raser mes jambes une fois tous les deux mois, ça ne me pèse pas (même si je me rends compte que je le fais souvent par peur du regard des autres, mais c’est un sujet pour une autre fois !).

La moustache, je ne suis pas du tout prête à vivre avec, et la contrainte de l’enlever n’est pas assez forte pour que cela me pèse dans mon quotidien. Clairement, ma position serait différente s’il fallait autant de temps pour l’épiler que pour faire les jambes. Et puis sur le visage, ça se voit beaucoup plus, donc forcément c’est plus difficile psychologiquement de dépasser ça.

Peut-être que je n’arrêterai jamais d’épiler ma lèvre, peut-être que j’y arriverai. Dans tous les cas, ça ne m’empêche pas de travailler sur mon complexe pour lui donner moins de force. Quand les poils commencent à me gêner, je demande de temps en temps à mon entourage s’ils·elles trouvent que ça se voit parce que je sais qu’un complexe déforme la perception. Je fais parfois trainer le temps entre deux rendez-vous chez l’esthéticienne ou je ne m’empêche pas de mettre du rouge à lèvres même si j’ai quelques poils.

Étonnamment, aller chez l’esthéticienne m’aide je crois à me réconcilier avec cette moustache, parce qu’il n’y a pas l’appréhension de faire seule, de mal faire et que ça va vite.

Actuellement donc, j’en suis là : je m’habitue à l’idée que ces poils existent, je déconstruis le complexe qui s’est fabriqué autour de ça. L’acceptation viendra plus tard, quand je serai déjà complètement à l’aise avec le reste de ma pilosité.

Mon SOPK est clairement une des raisons pour lesquelles arrêter l’épilation est un grand sujet pour moi. Je sais que j’ai de la chance, que beaucoup de femmes avec un SOPK ont des symptômes bien plus forts que les miens. Et peut-être que j’aurais la même pilosité sans le SOPK parce que je viens d’une famille poilue. Mais bon ce n’est pas parce que c’est pire ailleurs qu’on est heureuse de sa propre situation. J’ai de la moustache et des poils sur les seins, pas juste un peu de poils aux pattes. J’ai ces poils qui me rappellent tous les jours que mon corps ne fonctionne pas correctement. Me réconcilier avec ma pilosité, c’est donc une grande aventure dans laquelle j’avance à mon rythme.

Si toi aussi tu as du mal à laisser pousser ta moustache, ou si au contraire tu arrives à la laisser vivre sa vie, viens en parler dans les commentaires !

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Ne plus s'épiler la lèvre : comment j'essaye de me réconcilier avec ma pilosité.
Ne plus s'épiler la lèvre : comment j'essaye de me réconcilier avec ma pilosité.

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