Dès qu’on parle d’une femme grosse qui semble être bien dans sa peau, qui profite de la vie, qui s’éclate avec son look, tu peux être sûre que quelqu’un va dire qu’elle arrive à assumer son corps, comme si c’était le meilleur des compliments.

J’ai toujours eu beaucoup de mal avec ce terme, « assumer son corps », et ça bien avant de faire le travail que j’ai fait pour réussir à m’accepter et à me sentir mieux dans ma peau.

Il est facile de penser que les mots qu’on emploie ne sont que de détails, qu’ils n’ont pas vraiment de signification forte. Mais je suis persuadée que les mots ont beaucoup de pouvoir sur nos émotions et nos sentiments. Alors il est important de débattre des significations qu’on leur donne et des douleurs qu’ils peuvent engendrer. Et moi, j’aimerais qu’on arrête de dire qu’on s’assume.

Mon corps n’est pas une tare

Parler « d’assumer son corps », ça me dérange. Et je sais très bien pourquoi. Le fait de « s’assumer » me donne l’impression qu’il y a quelque chose qui ne va pas et qu’on fait la folie de ne pas se détester. Il y a comme une notion de choix, comme si une personne qui s’assume, c’est quelqu’un qui a choisi d’être ce qu’elle est (grosse, en règle générale). D’ailleurs, on utilise le verbe s’assumer principalement dans trois cas : assumer ses rondeurs, assumer ses choix et assumer ses goûts.

« Assumer ses rondeurs » c’est quelque chose qui est vu comme positif, et même comme une réussite. Un compliment, une remarque bienveillante. Mais pour moi, ce n’est que de la fausse bienveillance.

Ton corps tu ne l’as pas choisi. Et si tu es grosse, encore moins. Tu en as même sûrement beaucoup souffert vu le niveau de grossophobie de notre société.

J’assume de jouer aux Sims. J’assume d’écouter de temps en temps les Hanson. J’assume d’avoir choisi de travailler à mon compte. Mais je n’assume pas mes rondeurs. Ce serait comme dire que j’assume d’avoir des jambes. Je n’ai pas à assumer d’avoir des jambes, j’ai des jambes et puis c’est tout. Certes, j’ai beaucoup de chances d’avoir des jambes et qu’elles fonctionnent, mais je n’assume pas d’avoir des jambes.

J’aimerais donc aussi de ne pas avoir à assumer d’avoir un ventre rebondi, des bourrelets, des vergetures, un double menton. Je ne peux pas assumer d’être ronde. Je le suis, c’est comme ça, et ça ne m’empêche pas de m’apprécier.

J’aimerais que si je me sens bien dans ma peau, si je m’amuse avec mes fringues, si j’ose être moi sans être mince, ça ne soit pas vu comme un exploit.

Je ne m’assume pas, je m’AFFIRME

C’est bien joli de se dire qu’on ne peut plus utiliser tel ou tel mot, mais on dit quoi du coup ? J’en parlais avec Camille Talks dans l’épisode #5 de La Grosse Conversation, qui elle aussi déteste l’expression « assumer son corps ». Je préfère utiliser le terme « s’affirmer » plutôt que « s’assumer ».

S’assumer, c’est teinté d’amertume, de l’exceptionnalité qu’est une personne grosse bien dans sa peau. S’affirmer, c’est accepter d’être ce qu’on est et d’en tirer le meilleur parti. Il y a même un petit côté fabuleux dans le fait de s’affirmer. On est soi jusqu’au bout des bourrelets. On s’épanouit. Au final, s’affirmer c’est beaucoup plus puissant que s’assumer.

Moi, j’aime bien utiliser le verbe « s’affirmer », probablement parce que je suis une incorrigible optimiste et que personnellement j’ai besoin et envie d’avoir une personnalité forte et d’avoir confiance en moi. Mais ce n’est pas la seule alternative à « s’assumer » !

Si tu veux dire qu’une femme assume son corps, tu peux dire qu’elle est rayonnante, qu’elle a du style, qu’elle a de la personnalité, qu’elle est inspirante, qu’elle est cool, qu’elle est fantastique ou même tout simplement qu’elle a l’air super à l’aise dans son corps, qu’elle se sent bien dans sa peau. Tu peux ajouter à ça qu’elle est ronde ou grosse si tu penses que ça va avec ton propos, mais ce n’est pas obligé parce qu’elle ne se définit pas uniquement par ses rondeurs. Si tu l’admires parce que justement, elle semble être bien dans son corps, tu peux dire qu’elle a réussi à dépasser ses complexes ou les attentes de la société, voire même qu’elle fait la nique à la grossophobie.

Mais arrêtons de dire qu’on s’assume. Affirmons-nous, ou soyons juste nous, tout simplement. Ton corps n’est pas un choix original qu’il faut assumer. Ton corps est là, comme il est est, il fait partie de toi. Il ne mérite pas d’être détesté, ni par toi, ni par les autres. Et d’ailleurs tu n’as pas besoin d’être excentrique ou super stylée pour avoir le droit d’être bien et respectée, ce que « s’assumer » implique souvent.

Je disais plus haut que quand j’entends l’expression « assumer son corps » ou « assumer ses rondeurs », j’ai l’impression qu’on sous-entend que la personne aurait le choix d’avoir un autre corps (d’être mince donc) et qu’elle fait une petite folie en choisissant de ne pas détester son gras. Il suffit de dire ça pour comprendre pourquoi on parle d’assumer son corps. Parce que dans un monde où tout le monde a sa part de grossophobie, on pense en effet que les gros·ses pourraient maigrir avec un peu d’efforts et que le gras est notre pire ennemi. Une grosse qui ose s’apprécier, c’est en effet un peu fou.

Voir aussi : Comment s’habiller quand on est ronde ? (spolier alert : comme tu veux 😘)

Changer ta façon de parler, c’est un petit pas vers plus de tolérance et pour te sentir mieux dans ta peau. Si tu arrêtes de dire que telle femme assume ses rondeurs mais que tu trouves une autre façon de dire qu’elle est bien dans ses baskets ou qu’elle a une classe de folie, tu dis qu’une grosse qui s’apprécie, ce n’est justement pas fou, c’est juste cool.

Et toi, est-ce que tu as aussi du mal avec l’expression « assumer son corps » ? Qu’est-ce que tu aimes utiliser comme alternative ? Tu peux partager ton avis dans les commentaires !

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Assumer son corps, l'expression faussement positive
Assumer ses rondeurs, pourquoi cette expression n'a rien de positif ?

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